Partie I : Chiffrage des Marchés Financiers (fin 2016).

Zone Euro (19) – Bases Statistiques : 31/12/2010
Mise à jour: 30/06/2012

En février 2010, LE MONDE DIPLOMATIQUE avait publié un article de Frédéric LORDON intitulé : « Faut-il fermer la Bourse ? » : un lâcher de ballon réussi dans le paysage médiatique français. L’argumentation développée présentait pourtant plusieurs défauts majeurs, tant sur la forme que sur le fond, mais la question posée était pleinement justifiée. Pour élever le débat, nous posons une question bien plus vaste : « Faut-il interdire l’accès de tous les Marchés Financiers à la Haute Finance ? ».

Pour comprendre le sens de la question posée, il faut savoir que :

  • les banquiers et les assureurs considèrent les marchés financiers comme leur invention ;
  • les marchés financiers sont leur terrain de jeu favori ;
  • grâce à ces marchés, ils prétendent que leur « industrie financière » ne cesse de faire des « innovations » (financières) qui sont à la base de tous les progrès de l’humanité.

Or, toute la Haute Finance aurait dû déposer le bilan en 2008-2009 sans les aides démesurées des Etats :

  • d’une part, ces aides publiques au secteur financier vont bloquer la croissance et réduire les emplois en Europe pendant une bonne dizaine d’années (en version optimiste) ;
  • d’autre part, les aides gouvernementales au secteur financier ont permis de retarder « le big bang » inévitable des « produits dérivés ». En clair, les soutes du bateau sont toujours bourrées d’explosifs, prêts à exploser à la moindre goutte de pluie.

Pour l’instant, la Haute Finance a camouflé ces produits explosifs dans toutes sortes de « véhicules financiers » garés dans ses sous-sols (bas de bilan et fausses comptabilités) et dans les « véhicules de refinancement » mis en place par les Etats (Caisse de Refinancement des Etablissements de Crédit, en France).

Pendant ce temps-là, la Banque Centrale Européenne refinance les banques commerciales à tour de bras en prenant en pension des actifs financiers de plus en plus risqués mais elle joue au pompier pyromane car la Haute Finance se sert de ces liquidités pour jouer à de nouveaux jeux de casino en attendant le bon moment pour spéculer cette fois contre ses généreux sauveurs, les Etats.

Au sein de l’Union Européenne, les pertes réelles de la Haute Finance ont nécessité un renflouement irréversible, chiffré à 1.947,3 milliards d’euros pour l’Union Européenne (UE 28) et à 1.433,7 milliards d’euros pour la Zone Euro (UE 19) entre fin septembre 2008 et fin septembre 2015.

Les aides autorisées à fin septembre 2015 laissaient un nouveau potentiel de pertes aussi bien pour l’UE 28 que pour la Zone Euro de sorte que les Etats (gouvernements) s’étaient engagés à fin septembre 2015 pour un total (pertes réelles et potentielles) de 3.504,7 MD€ en Zone Euro et 5.142,7 MD€ pour l’ensemble UE 28.

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Cela donne une idée des pompages de la Haute Finance sur les marchés financiers ; d’où l’intérêt d’en évaluer l’importance, les risques et les blocages.

En réalité, plus ils accaparent ces marchés financiers à leur profit, plus les risques augmentent, et plus ils inventent de produits financiers pour « refiler » ces risques à nos Fonds d’Investissement et à nos Fonds de Pension. Quand ces « produits dérivés » exploseront dans les mains de leurs détenteurs, ce sont nos retraites et nos épargnes qui disparaîtront.

LES MARCHES FINANCIERS EN ZONE EURO : LES CHIFFRES-CLE.

Quels sont ces marchés et quelle est leur importance ?

En masse, la Bourse n’est pas le Marché Financier le plus important mais c’est celui dont nos médias et nos économistes nous parlent le plus.

Voici en effet l’importance de tous les marchés financiers dits sous-jacents en zone euro à fin décembre 2016 :

  • Bourse (Actions Cotées) : 6.567,3 MD€
  • Autres Titres que des Actions (Emprunt) : 17.548, MD€ (toutes devises et tous émetteurs, résidents ou pas)
  • Marché des Changes (Position Nette BCE): +159,0 MD€
    • Position Externe de la BCE en devises (créances nettes en devises) : +345,6 MD€ :
      • Envers des Non-Résidents : 327,9 MD€
      • Envers des Résidents : 27,1 MD€
    • Position Externe de la BCE en euros (engagements nets en euros sur les non-résidents) :
      • Envers des Non-Résidents : -186,6 MD€
  • Marché des Crédits, des Prêts et Détention de Créances : 20.525 MD€
  • TOTAL : 45.000 MD€ (44.800 MD€ exactement).

Ces quatre marchés sont « sous-jacents » dans la mesure où tous les actifs financiers qui y sont émis et échangés évoluent de façon quasi-permanente, en positif et en négatif, au point de générer des risques de pertes et des opportunités de gains, pour les émetteurs comme pour les détenteurs.

Les acteurs de ces marchés ont donc créé des marchés-miroirs pour « assurer » ces gains et pertes potentiels : c’est le rôle des marchés de « produits dérivés » que nous analyserons ultérieurement.

Avant de poser la question : « Faut-il fermer la Bourse? », il fallait déjà donner les informations ci-dessus. Il fallait ensuite détecter les (éventuels) défauts de fonctionnement et, enfin, il fallait trouver la ou les causes de ces dysfonctionnements. Or, la cause première des dysfonctionnements des marchés financiers, c’est l’ABONDANCE DE LA MONNAIE mise à la disposition de ces marchés.

En effet, l’abondance de la monnaie est à la fois « LE » MOTEUR :

  • D’UNE CONCENTRATION DES MOYENS FINANCIERS dans les mains de la Haute Finance
  • ET DES DYSFONCTIONNEMENTS DE CES MARCHES.

En clair, l’abondance de la monnaie favorise la concentration des moyens financiers (de moins en moins d’acteurs) et la multiplication des risques mais c’est la gestion des risques (par des équipes et des outils de plus en plus sophistiqués qui permet la CONCENTRATION DES SPOLIATIONS ET DES RICHESSES. Seul bémol : l’abondance de liquidités crée aussi des séismes (des kraks) et des tsunamis (submersions).

C’est exactement cette RECHERCHE DE CAUSALITE qui n’a pas faite.

En analysant ultérieurement le Marché des Crédits, des Prêts et des Détentions de Créances par les Banques (IFM), nous comprendrons rapidement que les banques sont devenues quasiment inutiles pour la Collectivité à cause des opportunités d’ENRICHISSEMENT SANS CAUSE offertes par ces MARCHES FINANCIERS

Tous ces marchés, sous-jacents et dérivés, ne constituent pas un « progrès », et leur développement exponentiel n’est pas une bonne nouvelle : cela signifie que la monnaie est trop abondante, et de plus en plus concentrée dans les bilans de très gros acteurs, « too big too fail » comme ils aiment se définir.

Et donc, Mario DRAGHI, comme tous les clones de  GOLDMAN-SACHS, crée de plus en plus de monnaie, et les drogués sont de plus en plus optimistes : « Allons-y gaiement ! », « Créons des marchés de dettes » à tout va, et « Libérons les marchés de toute entrave ». Pour le commun des mortels, les empires millénaires ne durent jamais mille ans mais les drogués se croient surpuissants et éternels : c’est le cas dans la Haute Finance.

Nous sommes aux racines mêmes d’un SYSTEME DE HAUTE CORRUPTION.

En clair, nous ne pouvons pas « laisser faire ».

ALTER-EUROPA
Pour une Autre Europe…
Et (bien sûr) pour un Autre Euro…